top of page

L'islamophobie en France.

  • 29 avr. 2023
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 avr. 2023

Le 30 décembre 2021, sortait le 6ème rapport sur l’islamophobie en Europe (co-édité par Enes Bayrakli, professeur de relations internationales à l'Université turco-allemande d'Istanbul, et Farid Hafez, politologue de la Bridge Initiative de l'Université de Georgetown). La première de couverture, illustrée par un portrait du président de la République, annonce la couleur : La France est, selon le rapport, le pays européen où l’islamophobie est la plus forte en 2020. Le compte rendu fait acte d’une discrimination généralisée et institutionnelle envers les musulmans, exprimée par les représentants du gouvernement au travers des lois restreignant les libertés individuelles telles que la liberté de religion ou de croyance.


Face à ces accusations, la réponse du gouvernement ne se fait pas attendre. Quelques jours après la sortie du rapport, le Comité Interministériel Prévention Délinquance Radicalisation (CIPDR) répond dans une série de tweets accusant les nombreux organismes étrangers engagés contre l’islamophobie de propager de fausses informations. Pourtant, en 2020, le nombre d'actes islamophobes a augmenté de 53 % en France, dont une hausse de 35% du nombre d'attaques de mosquées. Est-ce un phénomène grandissant ? Quelles mesures ont été prises depuis ? Peut-on parler d'"islamophobie d’Etat" ?


Tout d’abord, définissons le terme islamophobie. Selon le conseil de l’Europe, il s’agit d’une "attitude d’hostilité systématique envers les musulmans, les personnes perçues comme telles et/ou l’Islam". Cependant, ce mot ne fait pas l’unanimité, car pour certains, il associe les simples critiques vis-à-vis de la religion musulmane, autorisées dans le cadre de la liberté d’expression, et les actes haineux, qui sont punis par la loi.


Dès les années 1990 et les premiers attentats islamistes en France, les musulmans sont confrontés à une islamophobie plus ou moins marquée, mais c’est durant la vague d’attentats ayant lieu entre 2015 et 2019 que les actes islamophobes se multiplient : les menaces (propos, gestes menaçants, démonstrations injurieuses, inscriptions, tracts et courriers) augmentent de 291% et les actes commis atteignent une hausse de 125% en 2015. Les associations d’aide aux victimes, pour la plupart présentes en France depuis le début des années 2000, reçoivent également de nombreuses plaintes et signalements.


Ce n’est qu’à partir de 2016 que les chiffres baissent, avant de connaître une recrudescence en 2020, l’année où Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie à Conflans Sainte Honorine, est sauvagement décapité par un fanatique islamiste devant le collège où il enseignait. Quatre jours plus tard, deux femmes voilées sont attaquées au couteau près de la tour Eiffel après avoir reçu des réflexions sur leur voile. Elles s’en sortent avec des blessures. Néanmoins, une baisse est observée l’année suivante : en 2021, le Ministère de l’Intérieur recense 171 actes anti-musulmans contre 235 en 2020.


Si l’on peut constater une diminution des actes islamophobes commis par des individus, un autre phénomène est pointé du doigt par les instances européennes et les associations de lutte contre la discrimination : "l’islamophobie d’Etat". En effet, l’assassinat de Samuel Paty relance le débat sur la laïcité et pousse le gouvernement à prendre une série de résolutions dites sécuritaires afin de lutter contre le "séparatisme islamiste". Ces mesures sont qualifiées d’arbitraires dans le rapport sur l’islamophobie en Europe car elles concernent souvent la fermeture ou la dissolution de nombreuses structures musulmanes telles que les associations, les écoles, les mosquées, les restaurants et les maisons d’éditions.


Entre 2017 et 2020, 24 000 contrôles ont été menés par le Ministère de l’Intérieur, qui ont conduit à la fermeture de 650 lieux soupçonnés d’être fréquentés par des fondamentalistes religieux. On compte parmi ces dissolutions celles de Baraka City et du Comité Contre l’Islamophobie en France (le CCIF, fondé en 2003) deux associations chargées de fournir une aide juridique aux victimes d’islamophobie, intervenues fin 2020 car étant accusés de propager des idéaux jugés anti-républicains.


A cela s’ajoute la loi contre le séparatisme, promulguée le 24 août 2021, qui constitue une "réponse de la République face à l’islamisme radical" et comprend dans son texte des articles permettant une meilleure transparence des cultes et de leur financement, mais installe également une relation de domination de l’Etat vis-à-vis des associations religieuses. Selon le politologue Olivier Roy, en plus d’être en contradiction avec les valeurs républicaines défendues par la constitution, cette mesure "n’empêchera de futures atrocités".


Ainsi, les statistiques du rapport européen sur l’islamophobie illustrent une hausse des actes discriminatoires en net ralentissement, mais attirent l’attention sur la politique répressive du gouvernement qui est plus inquiétante, car elle permet la libération de la parole islamophobe et favorise la mise en place d’un climat de tension. Olivier Roy résume la situation en quelque mots : "les Musulmans Français sont pris en étau entre un terrorisme qui revendique les pires atrocités au nom de leur propre religion et leur propre gouvernement qui réprime l'affichage de leur confession".


UN ARTICLE D'ALEXANDRE MAZIETA



 
 
 

Commentaires


bottom of page