top of page

Rohingyas, la menace birmane.

  • 28 janv. 2023
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 avr. 2023


Qui sont les Rohingyas ?


Il s’agit d’un peuple minoritaire d’Asie du Sud, dont la majorité vit dans la région de l’Etat d’Arakan, annexée par la Birmanie en 1784, puis en 1948 après la décolonisation britannique. La quasi-totalité de la population s’est convertie à l’islam au cours du XVe siècle, suite à l’installation des colonies arabes en Arakan à partir du VIIIe siècle. Ainsi, les Rohingyas ont été mêlés aux peuples arabes, mongols, turcs et bengalis. Ils disposent également de leur propre langue, similaire au bengali toutefois très différent de celui parlé au Bangladesh. Aujourd’hui, ils vivent toujours dans l’Etat d’Arakan dont ils représentent la moitié de la population. Néanmoins, nombre d’entre eux décident de fuir vers le Bangladesh en raison des persécutions qu’ils subissent provenant de la majorité bouddhiste et de l’Etat birman.


Des réfugiés rohingyas © EPA/STRINGER.


Depuis combien de temps durent ces persécutions ?


Les Rohingyas sont persécutés depuis le XVIIIe. Après l’annexion de leur région, ils subirent de nombreuses attaques de la part des Birmans : en 1785, trente-mille soldats birmans enlevèrent vingt-mille personnes, afin d’en faire des esclaves. Ce genre d’intervention fut encouragée par la monarchie birmane afin de briser tout esprit de résistance de la part de cette population étrangère. De violentes répressions perpétrées par l’armée Birmane s’ensuivirent. Ils capturèrent et brulèrent vives des centaines de personnes rassemblées dans des enclos de bambous. Dans de telles conditions, les Rohingyas accueillirent avec une grande satisfaction la colonisation britannique en 1825, qui leur permit de bénéficier d’une grande liberté culturelle et même politique. Ils soutinrent également l’empire britannique pendant la seconde guerre mondiale ce qui leur valut de violentes persécutions de la part des Japonais et des Birmans, dont des viols, des actes de tortures et des meurtres. En 1942, 100 000 Rohingyas furent tués lors des conflits, ce qui provoqua la fuite de 22 000 Rohingyas vers l’Inde. Après la seconde guerre mondiale, le Royaume-Uni accorda une administration autonome à l’Etat d’Arakan. Celle-ci ne durera que jusqu’en 1948, lorsque la Birmanie annexe la région et réprime violemment ses habitants pour se venger de la complicité des Rohingyas durant la colonisation britannique.


Des réfugiés rohingyas dans un camp de transit de Sumatra, en Indonésie, le 8 septembre 2020. AFP/ARCHIVES - RAHMAT MIRZA.


Quelle est la situation actuelle ?


Les Rohingyas sont aujourd’hui 800 000 dans l’Etat d’Arakan et essentiellement regroupés près de la frontière du Bengali. En effet, plus d’un million d’entre eux ont fui au Bengladesh depuis l’annexion de 1948. Le premier grand exode a lieu en 1978 : 200 000 Rohingyas fuient les persécutions bouddhistes déclenchées par un recensement visant à déterminer la nationalité des habitants. Le second exode de 1991-1992 touche quant à lui, 260 000 Rohingyas et est provoqué par l’enrôlement dans des travaux forcés par le régime autoritaire de l’époque. Ces exodes se sont terminés dans des camps de réfugiés bengali, souvent insalubres où les Rohingyas sont abandonnés à leur sort. Le Bangladesh refuse de leur accorder le statut de réfugié et envisage même de stériliser les femmes afin d’éviter une explosion démographique. Ils se retrouvent donc sans statut officiel et ne peuvent pas avoir de travail, étudier ou encore avoir un logement hors des camps. En Birmanie, les affrontements se poursuivent entre les communautés musulmanes Rohingyas et Bouddhistes de l’Arakan.


Ces hostilités sont relancées après le viol et le meurtre d’une jeune bouddhiste le 28 mai 2012. Ce crime fut attribué à trois Rohingyas, entraînant la condamnation à mort de deux d’entre eux en juin 2012 et le suicide d’un troisième. Quatre années plus tard, face à la poursuite des exactions et des persécutions attribuées à l’état Birman ainsi qu’aux bouddhistes radicaux, des groupes paramilitaires Rohingyas voient le jour afin de lutter contre la répression. Leurs principaux coups d’éclats se résument en l’attaque de postes frontières, ce qui entraîne de féroces représailles de la part de l’armée qui commet viols, tortures et massacres. Ces affrontements ont conduit à l’escalade des tensions entre les deux camps mais également à des persécutions sans précédent de la part du gouvernement qui leur refuse le statut de citoyen birman. L’organisation internationale pour les migrants estime qu’environ 605 000 Rohingyas ont fui la Birmanie à destination du Bengladesh au cours de l’année 2016.


Un réfugié rohingya ayant fui le Myanmar traîne un jeune garçon après avoir accosté en bateau sur la rive du Bangladesh, le 10 septembre 2017. Photo : REUTERS / DANISH SIDDIQUI.


Que fait la communauté internationale ?


Pour le moment, la communauté internationale peine à se mobiliser. En mars 2017, le conseil des droits de l’Homme a décidé d’envoyer des enquêteurs afin de prendre connaissance de la situation en Birmanie mais le pouvoir en place a refusé toute coopération. En juin 2018, c’est au tour de l’Union européenne et du Canada de prendre des mesures fortes. Sept hauts responsables birmans sont jugés et condamnés : leurs éventuels comptes en Europe sont gelés et ils n’ont plus le droit de séjourner sur le territoire européen. Les Etats-Unis font de même quelques mois plus tard en sanctionnant quatre commandants et deux unités militaires.


Plus récemment, la Gambie, soutenue par les 57 états de la coopération islamique, le Canada et les Pays-Bas, a demandé à la cour internationale de justice de mettre en place des mesures d’urgence pour protéger les Rohingyas restés en Birmanie, dans l’attente d’une décision finale qui pourrait prendre des années. À la suite de cela, la CIJ a ordonné à la Birmanie de « prendre des mesures pour éviter un génocide ». Cette décision est une première étape qui marque la mise en place d’un éveil international ainsi que l’espoir d’un retour pacifique des Rohingyas en Birmanie. Aujourd’hui, les Rohingyas continuent de fuir la Birmanie par centaines de milliers et finissent pour la plupart dans le camp de Cox’s Bazar au Bangladesh qui n’a pas les infrastructures nécessaires pour les accueillir. La situation des Rohingyas est toujours très complexe dans un pays politiquement instable et où la transition démocratique demeure laborieuse.


Une mère rohingya pleure pendant les funérailles de trois de ses filles, tuées dans le naufrage de leur embarcation, près de Shah Porir Dwip, au Bangladesh, le 16 octobre. Dar Yasin/AP/SIPA.


UN ARTICLE D'ALEXANDRE MAZIETA


 
 
 

Commentaires


bottom of page